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Lubna

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 09.05.13 0:18
Avant propos de Christine Delphy :

Pourquoi publier le livre d’un homme dans une collection féministe, qui publie d’ordinaire des livres écrits par des femmes ? Est-ce une entorse aux principes du féminisme radical ? À mon sens, non. Le mouvement féministe de la deuxième vague, né dans les années 1970 dans tous les pays occidentaux, et qui s’est inspiré du mouvement américain des droits civiques, estimait – et pour ma part j’estime toujours – que la libération des opprimé·es doit être l’œuvre de celles-ci et de ceux-ci ; que l’intervention des hommes dans les réunions, les réflexions, les ouvrages féministes a trop souvent comme effet de faire jouer à nouveau le prestige qu’a le groupe dominant aux yeux des dominé·es ; et de permettre ainsi à ce groupe de continuer à jouer son rôle naturel  : à diriger, à exercer son pouvoir jusque dans les lieux qui ont pour but de le contester.

Et c’est bien ce que l’on constate, en étudiant l’histoire du féminisme, ou en observant les pratiques contemporaines : des experts blancs discourent sur l’oppression des groupes racisés, des expert·es hétérosexuel·les discourent sur l’oppression des lesbiennes et des gays.

Et « parce que les hommes sont concernés aussi par le sexisme », des experts-hommes se mêlent de théorie féministe  : donnent leurs définitions de ce dont souffrent les femmes, des définitions qui ne sont pas forcément les mêmes que celles données par les femmes. Mais plutôt forcément pas les mêmes. Ainsi leur sympathie et leur intérêt deviennent-ils des prétextes pour introduire une parole plus « raisonnable », plus « équilibrée » (« il y a des torts des deux côtés ») et pour mettre sur l’agenda des féministes des thèmes – des devoirs de vacances – qu’elles n’ont pas choisis. En d’autres termes, aujourd’hui comme en 1970, ils parlent à la place des femmes.

Il est donc juste de leur refuser ce rôle. Mais cela signifie-t-il qu’ils n’ont aucune place dans ce combat ? Non. Ils en ont une  : la leur. Et dès qu’ils cessent de parler prétendument de notre place, et à notre place, dès qu’ils parlent à partir de leur place, et de leur place, on peut à nouveau les écouter.

John Stoltenberg est un de ces hommes. Il parle de sa place  : sa place c’est celle d’un homme, donc d’un dominant, « touché par les idées du féminisme ». Il décrit ce qu’il voit, perçoit, analyse, de cette place, sans prétendre, au contraire de ceux qui parlent à notre place, cacher ce qu’est cette place.

Ce qu’il voit le conduit à « refuser d’être un homme », et pour cette raison, ce livre est un brûlot. Il éveillera le malaise chez beaucoup d’hommes, mais aussi chez certaines femmes, y compris chez des féministes.

Car nous sommes encore dans une période de compromis, ou peut-être de schizophrénie ; d’un côté, on proclame urbi et orbi un désir d’égalité, des sexes, des races, des sexualités ; mais de l’autre, jamais depuis quarante ans on n’a autant inculqué, et si tôt dans la vie des enfants, les « différences » entre celles nées en rose et ceux nés en bleu, les « différences » qui sous-tendent idéologiquement et produisent pratiquement l’inégalité, la domination, et finalement l’oppression d’un « sexe » (c’est-à-dire d’un genre) par l’autre.

Cependant, ce livre n’éveillera pas que le malaise. Il ravivera aussi l’espoir que des hommes participent enfin vraiment au combat, et ils peuvent y participer. Car si les femmes possèdent un « privilège épistémologique » (l’expression est de Nancy Hartsock), en ce qu’elles sont les seules à connaître de l’intérieur l’oppression subie, et que, de ce point de vue, les hommes ont un désavantage épistémologique, ils sont en revanche les seuls à connaître les stratégies de domination qu’ils forgent consciemment, comme l’a mis en évidence Léo Thiers-Vidal1.

Seuls, ils savent comment ils capitalisent la situation dominante que leur confère le système patriarcal ; seuls, ils savent comment ils utilisent leurs avantages initiaux de classe de sexe pour en conquérir d’autres dans leurs rapports individuels avec des femmes.

Quoi qu’en pensent ceux qui estimeront incompréhensible – voire «  castratrice  » – la démarche de Stoltenberg, il existe beaucoup de raisons pour lesquelles un homme acquiert des convictions féministes. Stoltenberg en fait une liste au début de sa préface : « l’engagement envers une femme », le désir « d’être son allié, de ne pas la trahir2 ». D’autres, dit-il, trouvent ces raisons « dans leur propre expérience de violence sexuelle dans l’enfance ou l’adolescence ».

Il y a quarante ans, les hommes d’extrême gauche – les autres s’en fichaient – luttaient contre le mouvement féministe qui ne respectait pas l’ordre des priorités fixé par « la révolution » (qui parle par leur bouche). Avec le temps, tout fout l’camp, et ils acceptent maintenant l’existence du féminisme ; mais ils ne viennent pas aux réunions qui se tiennent à l’intérieur de leurs propres groupes quand elles portent sur le féminisme.

Ces questions ne concernent selon eux que les femmes. Ils se retranchent derrière l’idée – juste – que l’oppression des femmes a des causes structurelles : institutionnelles, économiques, juridiques, et qu’aucun individu n’est responsable de l’organisation globale de la société. Toutefois, ils ne répondent pas à la question que soulève Stoltenberg, comme l’a soulevée après lui Léo Thiers-Vidal, comme les hommes qui ont traduit ce livre la soulèvent. Car si un individu ne peut guère changer, à lui seul, le marché du travail (ou l’organisation politique, ou les codes juridiques), ce n’est pas le seul domaine de la vie où se jouent la domination et l’oppression.

La question de ce qui se passe « dans le privé » – euphémisme pour tout ce qui concerne la sexualité des hommes3 – cette question-là est balayée sous le tapis. Les féministes elles-mêmes l’abordent peu. Certes elles dénoncent les violences, le viol et la prostitution, mais gardent encore souvent comme une île, isolée et préservée de ces continents noirs, la sexualité « ordinaire ».

Ce dont Stoltenberg, comme Andrea Dworkin4 dont il était le compagnon, parle, c’est de la culture qui est la nôtre, de notre conception, française, européenne, occidentale, peut-être mondiale, des rapports sexuels hétérosexuels – mais aussi gays – de ce qu’ils expriment, de ce qu’ils disent, de ce qu’ils doivent dire ; de la façon dont dans cette culture la sexualité est inextricablement emmêlée avec la domination.

Et si nous ne mettons pas en cause cette imbrication-là, si nous essayons souvent de la cacher à nous-mêmes, c’est parce qu’il nous est très difficile d’imaginer d’autres rapports, et surtout d’autres sens à ces rapports. Les sens que notre culture leur donne ne nous paraissent pas comme une application dans la sexualité de la hiérarchie et de la violence de l’organisation sociale ; bien au contraire, il nous semble, conformément à la mythologie largement partagée par toutes les cultures patriarcales, que c’est dans ces rapports, censés être non sociaux, que l’organisation sociale trouve son origine – sa fondation, qui serait, elle, « naturelle ».

Ces sens, ils sont explicités dans la littérature, et surtout dans la littérature pornographique. Le pouvoir exercé, le pouvoir subi, se montre là sans fards, sans voiles romantiques, et revendique non seulement d’être érotique, mais de constituer le tout, l’essence même de l’érotisme. C’est pourquoi Catharine MacKinnon parle d’« érotisation de la domination ».

Cet érotisme a été exposé et dénoncé par plusieurs auteures féministes modernes, de Simone de Beauvoir à Andrea Dworkin, Catharine MacKinnon et Sheila Jeffreys en passant par Kate Millett. Mais ce n’est pas ce qui est retenu de leur œuvre, et quand c’est retenu, c’est pour déconsidérer cette œuvre, comme les attaques infatigables du courant queer contre Andrea Dworkin et Catharine MacKinnon le montrent. C’est de cet érotisme, tel qu’exhibé en particulier dans la pornographie, que parle Stoltenberg. Il semble souvent aux femmes, et en particulier aux féministes, qu’il s’agit là uniquement de la sexualité masculine, mais il faut tempérer cette intuition  : d’une part, beaucoup de femmes « trouvent leur compte » (ou le prétendent) dans ce qui est globalement un érotisme sado-masochiste ; d’autre part, à l’inverse, certains hommes « ont vécu la honte de grandir avec une sexualité qui ne correspondait pas au “modèle normal” […] une sexualité avide de partenariat et de tendresse ardente, que n’excitaient pas la suprématie et la contrainte5 ».

Ces hommes existent, comme existent les femmes attachées au modèle sadomasochiste et qui soutiennent la philosophie queer, selon qui seuls les « différentiels de pouvoir6 » peuvent susciter le désir. Pour les féministes, si le pouvoir est lié à la sexualité c’est parce que celle-ci est liée au genre – que le genre est indissociable de la contrainte à l’hétérosexualité, ce qu’a magistralement démontré Adrienne Rich7. Et quant à la nature « naturelle » de la sexualité en général, deux sociologues hommes, Simon et Gagnon8, dans les années 1970, ont soutenu d’une façon convaincante et empiriquement étayée que le désir sexuel a un contenu entièrement culturel. Les féministes disent de leur côté depuis longtemps que le lien entre pouvoir et désir sexuel n’est pas plus inévitable que les autres rôles sexués/genrés ; que rien – ni les hormones ni les gènes, ni une configuration universelle du psychisme – ne dicte la forme que prend chez l’être humain la sexualité.

Pour Stoltenberg, l’identité d’homme est liée à la domination et au mépris, domination et mépris qui s’expriment ouvertement dans les sens donnés à la sexualité. Et « parce que cette identité personnelle et sociale est construite […], nous pouvons la refuser9 ».

J’ai souhaité qu’une partie de cet avant-propos soit écrite par ses traducteurs, trois hommes, Mikael Merlet, Yeun L-Y et Martin Dufresne.

Qu’ils disent pourquoi ils ont été, eux, enthousiasmés par ce livre, pourquoi ils ont voulu le traduire. En quoi il a rencontré leurs préoccupations, leurs questions, les a aidés à mieux comprendre comment on fabrique chez les hommes la conviction qu’ils ne peuvent être des hommes qu’en déshumanisant d’autres personnes (les femmes) ; comment ce livre les a confortés dans l’idée qu’on peut se déprendre de certaines habitudes de pensée et de comportement apprises depuis le plus jeune âge ; certes pas d’un seul coup, ni facilement, mais par un long et lent travail. Chacun exprime ce qui est le plus important pour lui dans ce livre, chacun explique quel est le chemin individuel qu’il tente de tracer hors des sentiers battus de la masculinité. Il est important qu’ils le disent avec leurs propres mots.




http://delphysyllepse.wordpress.com/2013/03/26/preface-au-livre-de-john-stoltenberg-refuser-detre-un-homme-pour-en-finir-avec-la-virilite/#comments
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Brad Burroughs

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 09.05.13 2:07
A mon sens, l'erreur vient du fait de découper l'être humain en petits morceaux : les jeunes, les vieux, les riches, les pauvres, les blonds, les bruns, les petits, les gros, les moches, les tordus, les droitiers, les gauchers, les hommes, les femmes, etc.

Peut-être que le féminisme entretient l'un des clivages...

L'humanité doit se libérer de bien des jougs...

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pierregr

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 09.05.13 8:24
@Brad Burroughs a écrit:Peut-être que le féminisme entretient l'un des clivages...

Mais encore ?
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Lubna

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 09.05.13 9:25
@Brad Burroughs a écrit:A mon sens, l'erreur vient du fait de découper l'être humain en petits morceaux : les jeunes, les vieux, les riches, les pauvres, les blonds, les bruns, les petits, les gros, les moches, les tordus, les droitiers, les gauchers, les hommes, les femmes, etc.

Peut-être que le féminisme entretient l'un des clivages...

L'humanité doit se libérer de bien des jougs...


Je ne crois pas que ce soit le féminisme qui entretienne le clivage hommes/femmes.Il me semble que c est plutôt le patriarcat qui s en charge depuis des lustres.
Qu on estime que le genre ne devrait pas avoir plus d importance que la couleur des cheveux,ok,très bien,mais le fait est que ce n est pas le cas et que la société s'organise sur le clivage hommes/femmes et ce au détriment de ces dernières.Tout ceci s'operant par ailleurs dans la violence.
Il est crucial,à mon sens,que les femmes apprennent à penser entre elles,à s'organiser entre elles, à créer de la solidarité féminine,à se valoriser.
Par ex,j'ai mis longtemps à comprendre la pertinence de la non-mixité dans certaines rencontres féministes,mon sentiment premier était que celle-ci ne pouvait être que contre-productive,qu il ne fallait pas exclure les hommes (ce n était pas tellement "gentil") .Et puis quand on observe un peu,on se rend compte que les rapports de pouvoir ,de domination hommes/femmes sont grosso modo les mêmes dans les milieux "anti-sexistes" que dans la société que l on se plait à fustiger.
Depuis quelques temps c est moi qui la défend cette non-mixité,je m aperçois qu on se heurte toujours aux mêmes reproches,dont celui que tu émets ici : l'entretien d un clivage.
Nous avons récemment crée un petit groupe féministe dans ma ville .
J'en avais trop marre d être en rage toute seule dans mon coin .Bien que je fréquente un milieu censé être anti-sexiste ( et majoritairement masculin) ,je ne trouvais pas de réels échos à mes préoccupations,je ne me sentais pas libre d'exprimer ce que je pouvais parfois ressentir. La colère par ex,je ne me sentais pas en mesure de l exprimer.
J'ai bien perçu que mes "camarades" masculins n étaient pas disposés à l entendre,qu il nous était demandé de l enrober de multiples précautions pour ne point les froisser ,que l on en revient toujours plus ou moins à les rassurer et à devoir supporter le fameux réflexe défensif du " mais on est pas tous pareils!!" quand on ne sombre pas dans le "mais il y a aussi des hommes violés!" versus "il y a aussi des hommes qui font le ménage!" (quoi de mieux que de pointer du doigt des exceptions pour relativiser voire nier la réalité d un système d oppression).
( excellent article à ce sujet : http://lartetlamaniere.wordpress.com/2012/11/14/le-nombrilisme-des-hommes-face-au-feminisme/ )
J ai bien compris aussi qu ils étaient extrêmement réfractaires à la non-mixité.Nous avons fait le choix de ne pas les consulter, d organiser nos réu non-mixtes et basta.
Ben oui,je crois que les opprimé-e-s doivent déjà s organiser entre elle-eux ,parce qu on a vite fait de retomber dans les rapports de pouvoir traditionnels,d'accepter d' être en colère "mais pas trop quand même",de se laisser dicter l ordre des priorités par des gens qui méconnaissent pourtant grandement notre situation.Et je n ai pas l impression d entretenir un clivage mais au contraire d y résister...
Ca n empêche pas l acceptation de la solidarité mais encore faut-il qu'elle soit sincère et humble.


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Elfvy
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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 09.05.13 10:39
j'avais lu un bon billet sur cette question du clivage que certains croient entretenu par le féminisme : http://unesorcierecommelesautres.wordpress.com/2013/03/27/feminisme-ou-antisexisme-2/

En fait, je me rends compte que j’aurais dû commencer par là : dire que les genres sont une construction sociale, n’invalide en rien leur existence, l’existence des hommes et des femmes. En tant que classes, donc. Et c’est précisément cela, une position non-idéaliste, non essentialiste : le réel n’est pas le reflet d’une essence intangible ; il n’en est pas moins réel.
[...]
j’ai compris que la seule chose qui faisait qu’on était « femme », ce n’était aucunement le fait de se reconnaître dans les stéréotypes de la « féminité », mais bien le fait que nous étions en tant que telles opprimées par le patriarcat, et donc par les hommes – qui eux aussi existent en tant que classe.

etc.

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Lubna

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 09.05.13 10:43
@Elfvy a écrit:j'avais lu un bon billet sur cette question du clivage que certains croient entretenu par le féminisme : http://unesorcierecommelesautres.wordpress.com/2013/03/27/feminisme-ou-antisexisme-2/

En fait, je me rends compte que j’aurais dû commencer par là : dire que les genres sont une construction sociale, n’invalide en rien leur existence, l’existence des hommes et des femmes. En tant que classes, donc. Et c’est précisément cela, une position non-idéaliste, non essentialiste : le réel n’est pas le reflet d’une essence intangible ; il n’en est pas moins réel.
[...]
j’ai compris que la seule chose qui faisait qu’on était « femme », ce n’était aucunement le fait de se reconnaître dans les stéréotypes de la « féminité », mais bien le fait que nous étions en tant que telles opprimées par le patriarcat, et donc par les hommes – qui eux aussi existent en tant que classe.

etc.

C'est exactement ça.
+1

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Brad Burroughs

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 09.05.13 13:12
@Lubna a écrit:Je ne crois pas que ce soit le féminisme qui entretienne le clivage hommes/femmes.Il me semble que c est plutôt le patriarcat qui s en charge depuis des lustres.
ah ouais, c'est clair ! Tiens, Brad, prends-toi ça dans les gencives... :poire:

Mais le combat pour l'égalité des femmes, au même titre que celui pour la défense des animaux, l'écologie, etc, ne devrait-il pas plutôt se diriger contre ce "patriarcat", justement ? Mener le combat à sa source ? Car si l'oppression des femmes est le résultat de la domination du patriarcat, il me semble qu'il serait peut-être sain de lutter pour s'en débarrasser (du patriarcat - pas des femmes ! geek ) ?

Du coup, la lutte pour "la défense des femmes" monopoliserait les forces pour éradiquer le "patriarcat". Parce qu'il est plus facile de "lutter contre un système" que de "tenter de le supprimer". Ce n'est pas incompatible, mais ça peut être épuisant...

Je ne sais pas si je suis très clair...




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Elfvy
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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 09.05.13 13:55
scratch euh non, dsl, je comprends pas.

Puisque nous combattons contre le patriarcat. Nous le nommons, nous l'identifions, nous analysons le système et nous tentons de le déconstruire. Que penses-tu que nous faisons alors si nous, féministes, nous ne luttons pas contre le patriarcat ???

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 09.05.13 14:15
@Brad Burroughs a écrit:
@Lubna a écrit:Je ne crois pas que ce soit le féminisme qui entretienne le clivage hommes/femmes.Il me semble que c est plutôt le patriarcat qui s en charge depuis des lustres.
ah ouais, c'est clair ! Tiens, Brad, prends-toi ça dans les gencives... :poire:

Mais le combat pour l'égalité des femmes, au même titre que celui pour la défense des animaux, l'écologie, etc, ne devrait-il pas plutôt se diriger contre ce "patriarcat", justement ? Mener le combat à sa source ? Car si l'oppression des femmes est le résultat de la domination du patriarcat, il me semble qu'il serait peut-être sain de lutter pour s'en débarrasser (du patriarcat - pas des femmes ! geek ) ?






Mais heu… Qu'est-ce que tu crois qu'on fait? Suspect (les féministes je veux dire)?
Je comprend pas trop ton point de vue

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Lubna

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 09.05.13 14:24
@Brad Burroughs a écrit:
Mais le combat pour l'égalité des femmes, au même titre que celui pour la défense des animaux, l'écologie, etc, ne devrait-il pas plutôt se diriger contre ce "patriarcat", justement ? Mener le combat à sa source ? Car si l'oppression des femmes est le résultat de la domination du patriarcat, il me semble qu'il serait peut-être sain de lutter pour s'en débarrasser (du patriarcat - pas des femmes ! geek ) ?

Et ce serait quoi se diriger contre la source du patriarcat selon toi?
Il me semble que lutter pour s en débarasser, c est bien ce que font les féministes
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Brad Burroughs

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 09.05.13 18:57
Et bien se serait éradiquer le capitalisme.

Après, tout le reste s'enchaine.
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Brad Burroughs

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 10.05.13 20:12
Ce qu'il y a, c'est que la pornographie s'est tellement imposée comme modèle que personne n'imagine comment faire autrement.

Ni même pourquoi.
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Lubna

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 10.05.13 20:25
@Brad Burroughs a écrit:Et bien se serait éradiquer le capitalisme.

Après, tout le reste s'enchaine.

Je suis à fond pour éradiquer le capitalisme! Mais je ne suis pas du tout convaincue que tous les systèmes de domination s abattraient automatiquement avec lui.


Dernière édition par Lubna le 10.05.13 20:41, édité 1 fois
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sandrine
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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 14.05.13 0:53
mardi 28 mai 2013 à 19h Dans le cadre du FRAP (Festival des résistances et alternatives à Paris):

Le nouveau Stendhal
5 rue de Stendhal
Métro Pére-Lachaise

(Repas végétariens à prix libre presque tous les jours)

Critique de la virilité

19h - 20h15 : Présentation avec le collectif "rage de nuit" des marches de nuit non-mixtes (débat en mixité)
21h - 22h30 : Présentation du livre "refuser d'être un homme" avec deux traducteurs: ouvrage écrit par un homme au sujet de la situation dominante
que confère le système patriarcal aux hommes

Lien : http://www.demosphere.eu/rv/25873
Source : message reçu le 12 mai 14h
Refuser d'être un homme - Pour en finir avec la virilité

Stoltenberg John

Depuis sa publication en 1989 (New York, Routledge), Refuser d'être un homme est devenu un classique dans les études de genre, largement cité dans les ouvrages de référence. John Stoltenberg déconstruit l'identité masculine comme un rapport social et trouve dans cette analyse les raisons de penser son changement. L'ouvrage aborde successivement la question de l'identité sexuelle masculine, de la pornographie et de la suprématie masculine et enfin la question du militantisme féministe et de l'identité sexuelle masculine. Le titre provocateur du livre interpelle tous les hommes qui s'interrogent sur leur identité et les rapports de genre dominants dans la société. À ceux-là, ce livre ouvre l'espoir d'un changement possible basé sur le consentement, la réciprocité et le respect dans les relations entre les hommes et les femmes. Les hommes ont le choix, nous dit John Stoltenberg, ils peuvent refuser l'identité masculine dominante. Au moment où se multiplient des tentatives de restaurer la virilité et détourner l'ébranlement du virilisme par le mouvement des femmes, John Stoltenberg déconstruit avec brio et dans un langage accessible l'essentiel du patriarcat tel que le vivent les hommes. Au-delà de la scie libérale des « stéréotypes », il y montre un investissement actif dans le pouvoir sur l'autre, instillé dans le rapport aux femmes et aux hommes, la sexualité, le contrôle social de la procréation et, en bout de ligne, dans l'identité sexuelle masculine. Militant proféministe et compagnon d'Andrea Dworkin (Pouvoir et violence sexiste, Sisyphe, 2007), Stoltenberg demeure l'analyste le plus attentif du machisme et du masculinisme contemporains. Il témoigne du construit de la virilité patriarcale dans ses diverses conséquences (viol, homophobie, objectification sexuelle, pornographie, violence conjugale, militarisme et contrôle masculin sur la procréation des femmes). Ses coups de sonde trouvent dans la culture occidentale et dans le quotidien des hommes - gays comme hétérosexuels - des résistances et des accointances (chez James Baldwin et Kafka, notamment) au projet radical d'une véritable égalité sexuelle, en validant une identité morale intime, qui place la justice au-dessus du plaisir encore éprouvé à « être un homme ».


Le site du FRAP:


http://frap.samizdat.net/

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Le pouvoir est maudit, c'est pour cela que je suis anarchiste. (Louise Michel)
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Brad Burroughs

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 14.05.13 1:01
Merci pour l'info, Sardine !

(purée ! en m'inscrivant sur ce forum, j'ignorais que j'allais devenir un vrai rebelle !) :lhomme:
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Lubna

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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 14.05.13 9:43
sardine a écrit:mardi 28 mai 2013 à 19h Dans le cadre du FRAP (Festival des résistances et alternatives à Paris):

Le nouveau Stendhal
5 rue de Stendhal
Métro Pére-Lachaise

(Repas végétariens à prix libre presque tous les jours)

Critique de la virilité

19h - 20h15 : Présentation avec le collectif "rage de nuit" des marches de nuit non-mixtes (débat en mixité)
21h - 22h30 : Présentation du livre "refuser d'être un homme" avec deux traducteurs: ouvrage écrit par un homme au sujet de la situation dominante
que confère le système patriarcal aux hommes

Lien : http://www.demosphere.eu/rv/25873
Source : message reçu le 12 mai 14h
Refuser d'être un homme - Pour en finir avec la virilité

Stoltenberg John

Depuis sa publication en 1989 (New York, Routledge), Refuser d'être un homme est devenu un classique dans les études de genre, largement cité dans les ouvrages de référence. John Stoltenberg déconstruit l'identité masculine comme un rapport social et trouve dans cette analyse les raisons de penser son changement. L'ouvrage aborde successivement la question de l'identité sexuelle masculine, de la pornographie et de la suprématie masculine et enfin la question du militantisme féministe et de l'identité sexuelle masculine. Le titre provocateur du livre interpelle tous les hommes qui s'interrogent sur leur identité et les rapports de genre dominants dans la société. À ceux-là, ce livre ouvre l'espoir d'un changement possible basé sur le consentement, la réciprocité et le respect dans les relations entre les hommes et les femmes. Les hommes ont le choix, nous dit John Stoltenberg, ils peuvent refuser l'identité masculine dominante. Au moment où se multiplient des tentatives de restaurer la virilité et détourner l'ébranlement du virilisme par le mouvement des femmes, John Stoltenberg déconstruit avec brio et dans un langage accessible l'essentiel du patriarcat tel que le vivent les hommes. Au-delà de la scie libérale des « stéréotypes », il y montre un investissement actif dans le pouvoir sur l'autre, instillé dans le rapport aux femmes et aux hommes, la sexualité, le contrôle social de la procréation et, en bout de ligne, dans l'identité sexuelle masculine. Militant proféministe et compagnon d'Andrea Dworkin (Pouvoir et violence sexiste, Sisyphe, 2007), Stoltenberg demeure l'analyste le plus attentif du machisme et du masculinisme contemporains. Il témoigne du construit de la virilité patriarcale dans ses diverses conséquences (viol, homophobie, objectification sexuelle, pornographie, violence conjugale, militarisme et contrôle masculin sur la procréation des femmes). Ses coups de sonde trouvent dans la culture occidentale et dans le quotidien des hommes - gays comme hétérosexuels - des résistances et des accointances (chez James Baldwin et Kafka, notamment) au projet radical d'une véritable égalité sexuelle, en validant une identité morale intime, qui place la justice au-dessus du plaisir encore éprouvé à « être un homme ».


Le site du FRAP:


http://frap.samizdat.net/

Il est vachement bien ce festival!
Trop envie d y aller
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Grunt
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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 16.05.13 14:21
En France, deux décisions de justice me semblent aller dans le sens de ce projet de loi (je ne sais pas si j'ai déjà posté ce lien) :

http://www.francesoir.fr/people-tv/sexeinsolite/une-ancienne-actrice-porno-obtient-justice-face-a-google-200111.html

La justice a considéré que ces films pornos, même destinés à la publication lors de leur tournage, relèvent de la "vie privée" et du "droit à l'oubli" des actrices, dans ces deux affaires.
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Invité
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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 11.04.15 17:11
Au final, d'un point de vue féministe, ce livre est il intéressant ? Est-il adapté aux "débutant-e-s" ? Je me tâte a l'acheter.

Merci ! Smile
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michekhen
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blog sorcièrecommelesautres disparu?

le 26.08.15 13:21
@Elfvy a écrit:j'avais lu un bon billet sur cette question du clivage que certains croient entretenu par le féminisme : http://unesorcierecommelesautres.wordpress.com/2013/03/27/feminisme-ou-antisexisme-2/

En fait, je me rends compte que j’aurais dû commencer par là : dire que les genres sont une construction sociale, n’invalide en rien leur existence, l’existence des hommes et des femmes. En tant que classes, donc. Et c’est précisément cela, une position non-idéaliste, non essentialiste : le réel n’est pas le reflet d’une essence intangible ; il n’en est pas moins réel.
[...]
j’ai compris que la seule chose qui faisait qu’on était « femme », ce n’était aucunement le fait de se reconnaître dans les stéréotypes de la « féminité », mais bien le fait que nous étions en tant que telles opprimées par le patriarcat, et donc par les hommes – qui eux aussi existent en tant que classe.

etc.
Je me demandais si ce blog était encore consultable ailleurs?
Je ne connais pas le fonctionnement des archives...
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Iridacea
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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 26.08.15 13:29
L'auteur a supprimé son blog et il n'est consultable ni sur les archives du net, ni dans le cache de Google.

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michekhen
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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 27.08.15 21:44
ok, merci quand même Smile
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Tortue
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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 28.03.16 12:30
Trouvé ici
[L’article qui suit est tiré du livre Refuser d’être un homme – pour en finir avec la virilité de John Stoltenberg.]

Certains d’entre nous sont les autres hommes dont certains d’entre nous se méfient  beaucoup. Certains d’entre nous sont les autres hommes auxquels certains d’entre nous ne font pas confiance. Pourtant, certains d’entre nous sont les autres hommes que certains d’entre nous veulent approcher et côtoyer. Certains d’entre nous sont les autres hommes que certains d’entre nous rêvent d’embrasser.

Le monde des autres hommes est un monde dans lequel nous vivons derrière une barrière – parce que notre sécurité l’exige, parce que nous comprenons qu’il y a quelque chose chez les autres hommes dont nous savons qu’il faut nous protéger. Le monde des autres hommes est aussi un monde dans lequel nous savons que nous sommes évalués par d’autres hommes, jugés par eux et parfois menacés par eux. Le monde des autres hommes peut être, nous le savons, un endroit inquiétant et dangereux.

Je suis obsédé par les autres hommes depuis très longtemps. J’ai vécu plusieurs années de ma vie à me torturer à propos de mon sentiment de différence vis-à-vis des autres hommes. J’ai voulu plus que tout ressembler aux autres hommes, au-delà même de mes espérances. En même temps, j’ai nourri une terreur à propos des autres hommes : j’ai eu peur qu’ils ne soient pas dupes de mes tentatives d’agir en homme, peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas trouver ma place, de ne pas assurer. Beaucoup d’hommes avec qui je parle sont aussi, de diverses façons, obsédés par les autres hommes. Nous n’en parlons pas facilement ; nous n’avons pas vraiment les mots pour cela. Mais le problème est toujours là, en nous et entre nous : de quelle façon se construit-on une identité dans nos relations avec les autres hommes ? Quels sont les arrangements et les gratifications que l’on s’octroie, selon le score que l’on se donne sur une échelle imaginaire de masculinité ? Si vous pensez avoir un score relativement élevé, ou relativement bas, vous faites certains choix de vie, vous choisissez le meilleur lot à tirer de la quantité de virilité que vous croyez posséder. Et toujours, les autres hommes constituent la mesure de l’homme que vous tentez d’être.

En tant qu’individus et en tant que mouvement d’hommes proféministes, nous avons besoin de comprendre la nature de ce problème – pourquoi le problème est celui-là et comment y réfléchir pour pouvoir le résoudre dans nos vies.

La nature du problème

Une des raisons pour lesquelles j’ai commencé à me passionner à tel point pour le féminisme radical est qu’il semblait résoudre pour moi un dilemme au sujet de ma relation aux autres hommes. Je m’étais toujours senti irrémédiablement différent – même quand personne ne le remarquait, je le savais ; je savais que je n’étais pas vraiment l’un d’eux. Dès que je suis entré en contact avec les idées du féminisme radical, celles-ci ont semblé mettre fin à ce malaise. Le féminisme radical m’a aidé à imaginer un avenir de justice de genre, une ouverture à la possibilité que les hommes n’aient pas à être grossiers et brutaux, que les femmes n’aient pas à être coquettes et superficielles. C’est un idéal qui m’a donné de l’énergie. Cela m’a aidé à percevoir toute la structure patriarcale du genre comme une construction sociale plutôt que comme un constat définitif sur nos natures – ou un constat définitif sur la mienne. Le féminisme radical m’a aidé à valoriser en moi les différences que je ressentais d’avec les autres hommes ; il m’a aidé à prendre conscience de mes liens avec le vécu des femmes, moi qui n’avais pas imaginé trouver auprès d’elles un modèle d’existence. Et il est également vrai – et peu facile à admettre – que le féminisme radical a contribué à me fournir un cadre dans lequel exprimer ma colère envers les autres hommes – une colère qui, comme le savent beaucoup d’entre nous, peut s’avérer très profonde. Je crois que beaucoup d’hommes qui sont devenus antisexistes l’ont fait dans une dynamique semblable. De différentes manières, le féminisme a soufflé comme un courant d’air frais dans une existence passée à nous torturer et à angoisser au sujet de la place des autres hommes dans notre vie. Le féminisme a aidé quelques-uns d’entre nous à respirer un peu mieux.

Mais ce serait une erreur d’affirmer que l’antisexisme d’un homme met fin à son ambivalence à l’égard des autres hommes. Je crois qu’une conscience antisexiste a même pour effet d’exacerber ce conflit. Un tel homme perçoit encore plus clairement chez d’autres hommes les comportements et attitudes qu’il rejette en lui-même, en comprenant plus de choses sur leur signification. En un sens, ce sont les comportements et attitudes dont il veut se défaire et, d’une certaine façon, les autres hommes lui rappellent les parties de lui-même qui n’ont pas réellement changé. Et, même s’il s’est brièvement senti bien d’être différent des autres hommes, une partie de lui-même trouve maintenant cette différence insuffisante. Alors sa colère contre les autres hommes s’intensifie : c’est un moyen de continuer à se percevoir comme une exception. Mais en
même temps, la compagnie des autres hommes lui manque – leur aise, leur présence, le plaisir qu’il ressentait avec eux et dont il se souvient encore.

Pour beaucoup d’hommes, la question des autres hommes est un conflit classique d’attirance-répulsion. Pour un homme dont la vie est de plus en plus liée à l’antisexisme, ce conflit est déchirant. Cet homme se demande ce que cela signifie d’être un homme et s’il en ressent de la honte ou de la fierté.

Pour les hommes antisexistes qui sont gays, ce conflit a un aspect manifestement sexuel. Plus un homme devient sensible au sexisme des autres hommes, plus il tient à ce que ses partenaires soient des hommes qui partagent sa vision du monde, et moins il est capable
de se prêter à des conversations superficielles et des blagues sexistes pour obtenir la sorte de camaraderie qu’il cherche. L’homme qui accorde de l’importance aux valeurs politicosexuelles de ses partenaires se voit de plus en plus forcé à choisir entre l’abandon de ses principes et celui de sa vie sexuelle. Un homme de valeur est difficile à trouver, comme vous le dira quiconque en a cherché.

Mais qu’un homme cherche ou non à vivre une sexualité dans sa relation avec d’autres hommes, il est confronté à un dilemme apparemment insoluble : il a ses idées, ses convictions, ses valeurs et son engagement à propos d’un avenir de justice où le genre ne nous diviserait pas ; et il désire la compagnie et la reconnaissance d’autres hommes – des hommes qui, en règle générale, ne partagent pas son antisexisme.

Bon nombre d’entre nous avons perdu des amis masculins en raison de notre engagement antisexiste, pour la raison à la fois simple et terriblement complexe que nous ne pouvions plus supporter le sexisme d’un ami. Il semble n’exister que deux solutions intenables : l’affiliation et l’assimilation aux autres hommes, c’est-à-dire rentrer dans le rang des hommes, à leurs conditions ; ou alors la séparation et l’éloignement, le parti de l’isolement. Aucun de ces deux choix ne semble présenter de promesse ou de possibilité durable ; et à ma connaissance, ni l’un ni l’autre ne fonctionne vraiment. On ne peut passer tout son temps auprès d’hommes qui ne s’efforcent pas d’être antisexistes et se sentir bien dans sa peau – cela ne fonctionne tout simplement pas. Et on ne peut se sentir bien dans sa peau en se coupant des autres hommes ; ce genre de séparation en vient à définir et absorber tout ce que vous faites ; votre identité devient celle d’une personne qui s’est écartée sans but des autres hommes. Il n’est pas étonnant, donc, que tant d’entre nous trouvions séduisante l’idée d’une fraternité qui ignore les femmes – une fraternité qui rendrait plus facile d’aimer être un homme faute d’avoir à prendre au sérieux la vie des femmes, faute de devoir tenir compte de ce que les hommes ont fait aux femmes, et cela parce qu’on habiterait un monde entièrement circonscrit par d’autres hommes, les seuls êtres à compter vraiment. Après tout, c’est bien ce que la plupart des hommes semblent apprécier par-dessus tout dans le fait d’être des hommes : ils ne sont pas des femmes et ils savent qu’ils n’ont jamais à porter réellement attention au vécu des femmes.

Bon nombre d’entre nous s’attendent tellement à être isolés des autres hommes que l’idée même de coopérer avec des hommes antisexistes à transformer les choses peut nous amener à penser : « Qu’est-ce qui me dit que ces hommes sont vraiment différents ? Que leurs valeurs ne sont pas identiques à celles des autres hommes ? Et comment savoir, si je me range avec eux, que j’arriverai à rester différent ? » Pour bon nombre d’entre nous, notre féminisme est presque synonyme d’un isolement des autres hommes. Et notre isolement devient si paralysant qu’il nous empêche de faire quoi que ce soit pour mettre en pratique nos convictions antisexistes. En voici un exemple. Ces dernières années, il y a eu quelques hommes – très peu nombreux mais il en existe, aux États-Unis et
ailleurs – pour reconnaître dans la pornographie les valeurs mêmes qui imprègnent le pouvoir collectif et individuel des hommes sur les femmes, soit une structure patriarcale doublée d’une misogynie érotisée. Cette prise de conscience a été douloureuse ; elle a même laissé certains de ces hommes en larmes – pas des larmes sentimentales et complaisantes, mais des larmes de douleur terrible, horrifiée par l’inhumanité des hommes envers les femmes. Et ces quelques hommes ont reconnu à quel point la pornographie imitait et contribuait à transposer dans leur sexualité une relation de pouvoir entre les hommes et les femmes, une relation faite de domination et de soumission. Ils constatent aujourd’hui que ce que la plus grande partie de la pornographie enseigne, ce qu’elle montre, ce qu’elle vante, fonctionne comme un manuel pour la plupart des hommes – un manuel sur les façons d’appréhender leur propre identité, de considérer les femmes et de continuer à faire de la domination et de la soumission l’idée de base de ce qui est sexy pour la plupart des gens. Ces quelques hommes en sont venus à voir que le modèle de domination/soumission dans la sexualité constitue la sombre assise de la domination et de la soumission dans le monde. Et qu’ont fait ces hommes de leur prise de conscience ? Eh bien, il y a eu des actions, des manifestations, des envois de lettres et du soutien accordé au mouvement des féministes radicales. Celles-ci mènent en effet de longue date un travail ardu pour alerter les gens au sujet de ce modèle pornographique de domination/soumission, base de la superstructure sexiste. Toutefois, cette prise de conscience arrive trop souvent aux hommes dans l’isolement et cet isolement est en soi paralysant.

Nous avons pour idéal un monde de justice sexuelle, et nous voulons pour amis et alliés des hommes capables d’entrer avec nous dans ce monde. Nous voulons des amis qui respectent nos amies. Nous voulons des amis avec qui avoir des conversations sans devoir censurer notre engagement politique. Nous voulons des amis qui contribuent aussi à créer ce monde et qui vont nous aider à y arriver. Et pourtant c’est un fait qu’il suffit parfois d’un seul homme pour nous faire renier notre antisexisme. Qu’il advienne une situation avec un autre homme – une situation qui sera différente pour chacun de nous – et, si nous souhaitons ardemment la présence, l’estime et la complicité de cet homme, nous renions nos convictions pour établir ce lien ; nous tairons nos convictions pour nous lier à lui.

Pourquoi le problème est ce qu’il est

Ne perdons pas de vue que notre antisexisme s’enracine dans le féminisme, qui procède d’une analyse de classes de sexe. Cette analyse qui fonde notre travail concerne la domination des hommes sur les femmes et sur d’autres personnes ; elle montre comment cette structure est culturelle et non biologique, et pourquoi elle peut changer ; comment les hommes ne sont pas par nature ce qu’ils sont dans la société, et qu’en même temps ils sont dans la société ces hommes-là ; comment le système de classes de sexe est patriarcal et pourquoi il faut l’abolir. Cette analyse désigne à la fois la possibilité et la responsabilité de faire du monde un endroit différent. Comment savons-nous qu’un changement est réellement possible ? Une réponse importante à cette question figure dans un passage du livre Our Blood, où l’auteure, Andrea Dworkin, fait une distinction essentielle entre réalité et vérité :

La réalité est sociale, la réalité est tout ce que les gens croient être réel à un moment donné. […] La réalité dépend toujours de la politique en général et de la politique sexuelle en particulier – c’est-à-dire qu’elle sert les dominants en renforçant et en justifiant leur droit à dominer les personnes dépourvues de pouvoir. La réalité reflète toutes les prémisses sur lesquelles sont bâties les institutions sociales et culturelles. […] La réalité est imposée par ceux qui en bénéficient, de façon à lui donner l’apparence de l’évidence. La réalité se perpétue spontanément, en ce sens que les institutions culturelles et sociales bâties sur ses prémisses illustrent et imposent également ces prémisses. […] La réalité présentée est, bien sûr, qu’il existe deux sexes, le masculin et le féminin ; que ces deux sexes sont en opposition, dans un rapport de polarité ; que le masculin est intrinsèquement positif et le féminin intrinsèquement négatif ; et que les pôles positifs et négatifs de l’existence humaine s’unissent naturellement pour former un tout harmonieux.

La vérité, en revanche, est loin d’être aussi accessible que la réalité. […] La vérité est absolue en ce sens qu’elle existe réellement et […] l’humanité a pour projet de la trouver afin que la réalité puisse prendre assise sur elle.
J’ai effectué cette distinction entre vérité et réalité pour me permettre de dire quelque chose de très simple, à savoir que même si le système de polarité de genre est réel, il n’est pas vrai. Ce n’est pas vrai qu’il existe deux sexes qui sont distincts et opposés, qui sont dans un rapport de polarité, qui s’unissent naturellement et de façon évidente pour former un tout harmonieux. […] Le système basé sur ce modèle polaire d’existence est absolument réel ; mais le modèle lui-même n’est pas vrai. Nous vivons aux mains d’une illusion perverse, une illusion sur laquelle est construit l’ensemble de la réalité telle que nous la connaissons (Dworkin, 1981).

Alors nous y voilà, des hommes dans un système de suprématie masculine, dans une classe de sexe patriarcale, et nous y sommes en tant qu’hommes. Qu’allons-nous faire de cela ? Et pourquoi est-il si difficile et si impensable de vivre en tant que traître à cette classe de sexe ? Pourquoi réagissons-nous si nerveusement à la simple idée d’avoir une conversation avec un autre homme où nous affirmons nos convictions et rejetons les siennes quand ce qui est en cause est l’ordre patriarcal ?

On a pourtant vu des individus retirer leur allégeance à d’autres types de classes sans éprouver la même crise identitaire. Par exemple, quelques enfants de riches ont consacré leur vie à la justice sociale. Ils et elles n’ont pas toujours entrepris les meilleures actions, mais ces gens ont compris qu’il était inacceptable que des personnes soient pauvres et aient faim : leur propre vie pouvait compter et ils et elles pouvaient agir pour changer les choses. Même si leur famille a pu les traiter avec mépris, ces personnes ont persisté, en fonction d’un besoin ressenti, à créer de la justice sociale dans leur milieu – sans y perdre leur identité. En fait, je crois que bon nombre de ces personnes diraient avoir découvert par leur militantisme une meilleure vision d’elles-mêmes que par le passé. D’une façon relativement analogue, des blancs et des blanches ont compris que grandir avec la peau blanche aux États-Unis, c’est devenir une personne raciste et que, soit l’on fait quelque chose et l’on s’efforce concrètement d’être antiraciste, soit l’on est raciste. C’est un choix, et éviter ce choix, c’est choisir d’être raciste. Dans leur effort pour transformer leur racisme et celui de la société, ces personnes blanches n’ont pas toujours entrepris les meilleures actions, mais elles ont agi en comprenant que la haine raciale était inacceptable. En tant que personnes militant pour la justice raciale, elles ont vécu beaucoup d’animosité de la part d’autres blancs et blanches, qui voyaient leurs intérêts de classe de race menacés, mais elles ont persisté sans perdre leur sentiment d’identité ; au contraire, elles ont conservé ce qu’elles étaient, la meilleure part de leur identité personnelle.

On peut mesurer à quel point la classe de sexe détermine « qui nous sommes fondamentalement » au constat que, pour nous les hommes, renier les intérêts de notre classe de sexe nous donne l’impression de disparaître. L’appartenance tangible à la classe de sexe des hommes est notre principale voie identitaire. C’est une trajectoire familière : on grandit et devient un garçon, on est amené par la terreur à agir en garçon, récompensé d’être un garçon et conduit à se dissocier de sa mère en adoptant toute une gamme de peurs et de haines à l’égard des femmes ; bref, on apprend ce que l’on doit apprendre pour être accepté dans la confrérie des autres hommes. Les femmes valident cette identité-là et nous comptons sur les femmes à cette fin. Mais cette identité, nous l’obtenons des autres hommes ; ce sont les autres hommes sur qui nous comptons comme arbitres de l’identité de classe de sexe, celle qui s’implante en nous, une identité si proche de ce que nous croyons être que s’en détacher nous terrifie.

Cette construction de l’identité au moyen de la classe de sexe n’est pas la seule façon de savoir qui nous sommes au fond. Il existe pour cela une autre méthode que nous utilisons parfois : elle découle de la part de nous-mêmes qui souhaite la justice, l’empathie et le respect entre les personnes, une part qui est très proche de notre antisexisme et de nos idéaux de justice. C’est cette part de nous-mêmes qui fuit la haine sexualisée ; qui souhaite de l’attention et de la réciprocité, à la fois dans le sexe et dans le monde ; qui souhaite déjà vivre une égalité entre les sexes. J’aimerais appeler cette part de nous-mêmes notre identité morale. Je n’utilise pas le mot « morale » au sens de vertu, de pureté ou de rectitude politique ; ce que je désigne par identité morale est cette part de nous-mêmes qui reconnaît la différence entre la justice et l’injustice, même de façon vague. C’est celle qui arrive à prendre en compte ce que nous voyons, ce que nous faisons et ce que font d’autres personnes au regard d’une certaine impression subjective de ce à quoi la justice devrait ressembler. C’est cette part de nous-mêmes qui est aussi capable de vivre au-delà du genre – et qui le fait parfois. C’est aussi la part qui est au plus près de notre vécu lorsque nous ressentons beaucoup de remords et de douleur devant la souffrance et l’injustice que nous voyons dans le monde.

Mais le sentiment personnel lié à cette identité morale se heurte en nous à l’identité issue de notre classe de sexe. Nous avons appris qu’il peut être très douloureux pour nous de voir en face la souffrance imposée dans un monde patriarcal, de la considérer sérieusement. Nous avons aussi appris que chasser de notre esprit toute conscience de la gravité de cette situation est plus facile que d’améliorer les choses. Alors nous essayons d’avoir sur la vie un regard qui soit moins déprimant. Pourtant, notre amorce d’identité morale continue à se faire entendre, même quand ses murmures nous poussent au désespoir et au déni.

Qu’est-ce qui est le plus réel pour nous : notre identité morale ou notre identité de classe de sexe ? Laquelle nous confère la plus grande impression de réalité ? Laquelle nous redonne plus que l’autre le sentiment de qui nous voulons être ? Ces deux constructions identitaires s’affrontent en nous. Nous entrons et sortons de notre identité morale, et il existe pour chacun de nous des circonstances particulières qui nous incitent beaucoup à en sortir – des épisodes de colère vengeresse, par exemple, ou de simple paresse. Quant à notre identité de classe de sexe, nous avons moins tendance à y entrer et sortir de notre identité de classe de sexe. Notre impression d’être à la hauteur connaît certes des hauts et des bas. Mais, en fait, nous demeurons au sein de cette identité et ce, plus que nous ne le croyons. Notre identité de classe de sexe est une constante, et nous y sommes fondamentalement fidèles. Notre identité morale est plus éphémère, et nous avons tendance à n’y adhérer que lorsque les choses vont bien. Les autres hommes représentent pour nous le noeud de ce dilemme – et c’est particulièrement vrai de ceux qui sont à l’aise dans leur identité et leur statut de classe de sexe. Ce n’est pas compliqué pour eux ; ce l’est pour nous. Nous admirons leur bagout, leur masculinité complaisante ; en même temps, nous sommes en colère contre eux et nous ne voulons pas leur ressembler. Nous vivons surtout ce dilemme quand nous nous sentons coincés entre les autres hommes et le féminisme. Par exemple, l’identité morale d’un homme antisexiste peut réagir à l’analyse féministe du système des classes de sexe par le souhait d’y constituer une exception, en ne voulant pas ressembler aux hommes que décrit cette analyse, en voulant s’assurer de vivre de telle façon que l’analyse cesse d’être vraie dans son cas particulier. C’est alors que son identité de classe de sexe rejette toute critique des hommes en tant que classe, elle réagit soit comme si l’homme qu’il est devait défendre toute sa classe de sexe, soit comme si sa vie spectaculairement exemplaire rachetait cette classe et réfutait donc cette analyse ; son identité de classe de sexe veut rentrer dans le rang, elle veut forger des alliances avec les autres hommes à n’importe quelles conditions. Par contre, l’identité morale de cet homme reconnaît la vérité de l’analyse de classes de sexe et croit que les individus, dont lui-même, peuvent critiquer le patriarcat, peuvent se transformer eux-mêmes et modifier la culture ; son identité morale reconnaît la façon dont il est différent de sa classe de sexe, mais en demeure malgré tout partie prenante au plus haut degré. L’identité de classe de sexe de cet homme tient avant tout à ce qu’il continue à s’identifier à la classe masculine.

Nous pouvons à tout moment troquer notre identité morale contre notre identité de classe de sexe. C’est vraiment très facile et cela peut tout à fait se produire sans que l’on s’en rende compte. Pour la plupart d’entre nous, s’interroger sur les autres hommes crée même une pression à abandonner notre identité morale puisque, pour échanger avec les autres hommes selon leurs normes, c’est presque toujours ce que nous devons faire.

Comprendre  l’inscription de cet enjeu dans nos vies

Alors, que pouvons-nous faire ? Comment résoudre cette tension problématique dans notre propre vie ? Comment nous est-il possible de la décoder pour arriver peut-être à y trouver des solutions, en tant qu’individu et en tant que mouvement ?

D’abord, il doit être clair que nous ne parlons pas d’une stratégie de marketing pour le mouvement des hommes proféministes ; nous ne parlons pas d’une façon de présenter et promouvoir le mouvement proféministe qui susciterait l’enthousiasme de l’ensemble des hommes. Il ne s’agit pas non plus d’une réponse superficielle, d’une distinction entre conscience et camaraderie. Enfin, nous ne parlons pas d’une autre superbe occasion de se regarder le nombril – car il est clair que nous n’en manquons pas !

Je crois que le noeud du problème réside dans la question : qui choisissons-nous de devenir ?

À mon avis, l’exigence de mettre l’accent sur un militantisme antisexiste est vraiment la seule façon de préserver le choix de tenir en vie et en alerte notre identité morale. Je ne crois pas que celle-ci puisse survivre en l’absence d’un engagement concret. Elle ne peut se contenter d’exister dans notre esprit ou dans un énoncé de principes personnels. Elle doit s’exprimer par l’action.

Je n’ai pas de réponse à la question « Mais alors qu’est-ce qui arrive à l’identité de classe de sexe que nous semblons toujours traîner avec nous ? » Ce que je sais, c’est qu’on peut laisser son identité morale éclairer sa vie plus souvent. En tant que mouvement et en tant qu’individus, nous ne pouvons clarifier la question de notre identité morale en évoquant une fraternité basée sur l’inconscience, une fraternité allant de soi, dont le seul but devient d’étreindre des hommes pour la seule raison que ce sont des hommes – à l’instar d’un immense club réservé à notre classe de sexe. Cette tendance ne permet pas de transformation personnelle dans l’effort déployé pour conserver et développer son identité morale. Le changement auquel nous aspirons doit miser sur une nouvelle intégration personnelle, une identité radicale et nouvelle, une subjectivité qui sait qui elle est par rapport au réel et qui elle est par rapport à la vérité. Il nous faut un double regard, qui garde à l’esprit aussi bien la réalité que nous sommes des hommes dans le système de classes de sexe et la vérité d’un avenir possible au-delà de ce système. Nous avons besoin de savoir, « Oui, en tant qu’hommes, nous en faisons partie. Cependant, nous sommes des hommes qui essayons de vivre différemment, de créer par nos vies une différence. » Je crois qu’il nous faut, comme individus et comme mouvement, l’exigence d’un engagement capable de nous changer, nous et la société, et non simplement celle de mesures qui entretiennent notre organisation, nos structures sociales interpersonnelles. Faute d’engagement antisexiste concret, notre identité morale entrera en hibernation, et plus elle dormira longtemps, moins elle ressemblera à ce que nous pourrions devenir. En tant qu’individus et en tant que mouvement, nous ne devons pas nous imaginer comme des rédempteurs de notre classe de sexe, comme les hommes qui prouveront sur la place publique que les hommes ne sont pas aussi mauvais que d’aucunes l’ont dit – c’est là un piège que nous tend une identité de classe de sexe déterminée à retrouver le confort d’une complaisance masculine aveugle, décidée à s’autocongratuler pour se forger une apparence de dignité.

La fierté à laquelle nous aspirons n’est pas d’être des hommes, mais d’être des hommes qui… – des hommes qui vivent leur vie d’une façon qui changera le monde.
Nous devons agir pour transformer la subjectivité – la nôtre et celle des autres. Si nous ne devenons pas ces agents, nous aurons trahi complètement la vie des femmes, et nous aurons sacrifié une part de nous-mêmes qui est précieuse et rare sur cette terre.
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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 06.04.16 21:41
Yep, ce type est cité comme une référence mais il n'a pas toujours été correct envers Andrea Dworkin. En plus de ne pas la croire sur le(s) viol(s) qu'elle a enduré, il détient les droits de son œuvre, c'est ainsi que j'ai appris pourquoi elle n'est pas intégralement disponible en français. Parce qu'il s'y oppose. De même qu'il a modifié purement et simplement des passages d'une des œuvres d'Andrea.

Voila, histoire de savoir à quoi s'en tenir, pro-fem ou pas, il reste privilégié par rapport à la classe des femmes.

Sources disponibles ici, en anglais, sur FB notamment mais je pense que c'est accessible sans compte, l'auteure souhaite que ce soit partagé.
https://www.facebook.com/notes/nikki-craft/the-worst-kind-of-betrayal-what-john-stoltenberg-did-to-andrea-dworkin/162074477509339?hc_location=ufi
https://www.facebook.com/notes/nikki-craft/altering-andrea-how-john-stoltenberg-performs-editorial-surgery-on-dworkins-sexu/167555876961199?hc_location=ufi
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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

le 06.09.16 11:36
Je n'ai pas tout compris de cette polémique récente. Elle évoque aussi un "nouveau projet" de J.S. que Nikki Craft conteste, et dont je ne sais rien. Il reste que John Stoltenberg est (avec Leo Thiers-Vidal) un des meilleurs auteurs interpellant les hommes sur leur idéal viril et leur domination masculine. On trouvera de nombreux textes de lui et d'Andrea Dworkin sur TRADFEM https://tradfem.wordpress.com/. On y voit qu'il s'est expliqué et excusé sur son attitude fautive à propos du viol d'Andrea Dworkin. Il est vrai qu'il détient les droits sur un texte posthume d'elle et qu'il a proposé (puis renoncé, avec des excuses) de modifier quelques phrases d'un extrait qu'il avait fait diffuser. Mais détient-il des droits de traduction sur les oeuvres publiées d'A.D. ? Et refuse-t-il ces traductions ? Ce n'est pas le cas pour TRADFEM, apparemment.
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Re: [Livre] John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

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